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Nos mauvaises humeurs

Décidément, Ségur monte à la tête ! Y aurait-il dans les couloirs de ce vaste Ministère comme une malédiction qui frappe les locataires de plus grands des bureaux ? Déjà, Agnès Buzyn semblait avoir été victime de cette surprenante pathologie, pleurant toutes les larmes de son corps au moment de quitter la Maison et s’empressant dans la foulée d’offrir à nos consœurs du quotidien Le Monde un entretien un tantinet surréaliste, entretien qui plombe probablement pour les 30 années à venir la moindre ambition politique de l’ex patronne de l’INCA.   

AGNES BUZYN A DESERTE SON  « GRAND PROJET POLITIQUE »  

Depuis, la Professeure s’est un peu dissoute dans les mémoires, plus que dans le conseil du 17ème arrondissement, au sein duquel elle a, il y a un peu moins de deux mois, renoncé à siéger. Elle qui affirmait quelques semaines plus tôt qu’elle était investie personnellement et sur le très long terme dans la politique parisienne … Ainsi donc, propos contradictoires et « pétage de plombs » seraient-ils les principaux symptômes de cette malédiction de Ségur qui frappe aujourd’hui le successeur d’Agnès Buzyn, Olivier Véran. Pour le premier symptôme, le Ministre a malheureusement fait ses preuves : du masque inutile ou presque de ses premières déclarations à l’absolu nécessité, désormais, de le porter, des tests qui ne servaient à rien et qui sont aujourd’hui l’alpha et l’oméga de la politique sanitaire du gouvernement, sans oublier les 12.500 lits de réanimation dont notre pays devait bénéficier à l’aune de cet automne et que les soignants attendent toujours. Concernant le second de ces symptômes, le pétage de plomb, le diagnostic est malheureusement sans appel pour le jeune Ministre qui, dans la soirée de mardi, a perdu les nerfs en plein Palais Bourbon, s’en prenant violemment aux députés de l’opposition qui, profitant de l’amateurisme de la Majorité, venaient de voter un amendement qui fixait au 14 Décembre la fin de l’Etat d’Urgence Sanitaire. Eructant à tout va, Olivier Véran reprochait aux législateurs de faire de la basse politique alors que dans les hôpitaux, de jeunes malades du Covid-19 s’enfonçaient dans le coma.  « C'est ça la réalité mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l'entendre sortez d'ici ! ».   

MAUVAISE INTERPRÉTATION VOLONTAIRE   

On comprenait, assez vite, que ce que voulait vraiment dire le Ministre était : « Si vous n’y croyez pas et si vous avez besoin d’une piqure de réalité, allez-y, sortez et allez voir dans le hôpitaux ». Mais le ressenti fut pour le moins différent, et les députés LR, nettement moins amateurs que leurs camarades de LREM, bondissaient sur l’occasion et accusaient Olivier Véran de vouloir les exclure de l’hémicycle. Reste qu’en réalité, c’est bien l’attitude du Ministre qui est la plus inadmissible des deux. D’abord parce qu’il n’était nul besoin de perdre ses nerfs, la procédure Parlementaire offrant à la majorité les moyens d’annuler presque sans délais ce premier vote. Mais ce qui a poussé Olivier Véran vers l’excès, c’est avant tout le sentiment d’avoir été incapable de gérer ses troupes. Et d’être pris en flagrant délit d’amateurisme, lui qui n’avait de cesse, au tout début de la Législature, lorsqu’il espérait encore être le premier Ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, son idole, de montrer les muscles et de faire étalage de sa déjà conséquente expérience.  

L'AMATEURISME CONSOMMÉ DU NOUVEAU MONDE POLITIQUE

   Car si les visages outragés des Députés LR faisaient plus penser aux grands classiques de la dramaturgie théâtrale qu’aux heures tendues de l’histoire Parlementaire, le vrai scandale se trouvait plus véritablement dans le secret des supposées réunions de groupe LREM. Comment est-il possible que, bénéficiant d’une telle supériorité numérique, les élus de la majorité soient incapables d’anticiper et de prévoir la présence d’un nombre suffisant d’entre eux, au moment du vote ? Ne faudrait-il pas reprendre par les bases et exiger de ces élus de la Nation qu’ils aient au moins lu le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale ? Ce qui visiblement n’est pas le cas pour un grand nombre de ces députés de fraiche date ! Ils avaient beau, après le funeste vote, une fois revenus dans l’hémicycle, probablement contraints d’abandonner leur « andouillette frites » à la table du Bourbon ou chez Denise, applaudir à tout rompre leur Ministre pourtant en pleine perte de ses moyens et de ses nerfs, c’est bien à une démonstration d’impréparation totale à laquelle on a eu droit. Car si la situation est si dramatique, ce que nous voulons bien croire, au point qu’Olivier Véran s’étonne de voir des politiques faire de la politique, elle aurait bien mérité la mobilisation des élus de la Majorité. En réalité, le Ministre aurait finalement été nettement moins pitoyable s’il avait tenu ce discours en se tournant légèrement sur sa gauche et en s’adressant à ses troupes et non à l’opposition ! Mais voilà ! N’en déplaise à Olivier Veran et à ses Mousquetaires (un terme que ceux-là reconnaîtrons … dont certains également consultants de la pharma ), la politique est un métier. Et comme tous les métiers, il faut un peu de talent et de force collective pour pouvoir l’exercer.